Grippe aviaire: l'OIT et ses mandants coordonnent leur riposte

La flambée de grippe aviaire qui vient de toucher le Royaume-Uni a fait ressurgir l'urgence d'une réponse coordonnée du monde du travail. La structure tripartite de l'OIT est un lieu idéal pour échanger les dernières informations sur les risques et les mesures de contrôle et pour encourager les préparatifs et les comportements préventifs sur le lieu de travail. Dans le cadre de son «Programme de réponse aux crises et de reconstruction», le BIT va aider les pays à améliorer leurs conditions de travail et à protéger les travailleurs contre la grippe aviaire en s'inspirant des normes de sécurité et de santé au travail du BIT ainsi que de ses directives techniques. Pour mesurer l'impact d'une telle épidémie sur les travailleurs, BIT en ligne s'est entretenu avec Susan Longley de l'Union internationale des travailleurs de l'alimentation, de l'agriculture, de l'hôtellerie-restauration, du tabac et des branches connexes (UITA).

Article | 26 mars 2007

BIT en ligne: Qu'est-ce que la grippe aviaire et quel impact a-t-elle sur le monde du travail?

Susan Longley: Le virus de la grippe aviaire est principalement présent chez les oiseaux. Cependant, il pourrait muter et contaminer les êtres humains. A ce jour, plus de 200 millions de volailles infectées ont été abattues afin de contrôler la progression du virus, entraînant des pertes économiques de 10 milliards de dollars rien qu'en Asie. Au 19 septembre 2006, 247 cas de grippe aviaire avaient été répertoriés chez l'homme et 147 d'entre eux ont été mortels.

BIT en ligne: Quel pourrait être l'impact économique mondial du virus?

Susan Longley: Bien que le virus ne soit pas encore transmissible entre humains, une pandémie mondiale aurait des effets désastreux pour le monde du travail. On estime qu'un recul de 2 pour cent du PNB mondial dans l'éventualité d'une pandémie coûterait quelque 200 milliards de dollars par trimestre, soit 800 milliards par an. Tous les secteurs de l'économie seraient touchés. La Banque mondiale prévoit notamment que la pandémie pourrait faire chuter de 20 pour cent l'activité dans le transport touristique et d'autres secteurs clés.

BIT en ligne: Comment l'industrie volaillère serait-elle touchée?

Susan Longley: L'industrie volaillère doit déjà faire face à de graves problèmes en l'état actuel des choses. L'embargo contre les importations de divers pays affectés a provoqué un manque d'approvisionnement en viande blanche, une hausse des cours mondiaux de la volaille et une chute du commerce volailler. Une compensation est donc indispensable pour les travailleurs qui ont perdu leur emploi en raison de la grippe aviaire. Cela est particulièrement important dans les pays qui ne sont pas dotés d'un système de protection sociale.

BIT en ligne: Les organisations syndicales ont appelé à une réponse coordonnée face à la menace de la grippe aviaire, en particulier dans le secteur de l'aviculture et dans l'industrie agroalimentaire...

Susan Longley: Dans l'industrie agroalimentaire, les travailleurs avicoles et leurs syndicats sont totalement mis à l'écart dans la plupart des pays touchés par des flambées de virus H5N1. Il est pourtant évident qu'ils sont en première ligne face au virus; ils représentent les principaux vecteurs de transmission potentiels du virus s'il devait muter pour devenir transmissible d'homme à homme. Si l'on reconnaît leurs droits et leurs syndicats, ils ont aussi un rôle central à jouer dans la lutte contre la propagation de la maladie. Depuis deux ans, l'UITA a essayé d'attirer l'attention sur ce manque, soulignant la nécessité d'une politique publique pour s'attaquer au H5N1 qui est une menace transversale touchant les questions de sécurité et de santé au travail, de santé publique et de droits des travailleurs. Le taux de mortalité croissant et la flambée récente au Royaume-Uni nous rappellent qu'il n'y a pas de place pour la complaisance.

BIT en ligne: Que devraient faire les employeurs pour limiter les risques de contamination?

Susan Longley: En s'appuyant sur les législations nationales, les employeurs doivent contrôler ou, mieux encore, prévenir les risques d'infection par des maladies. C'est l'occasion pour les employés et leurs syndicats de travailler avec les employeurs pour contribuer à prévenir la transmission de la grippe aviaire via leur travail. En pratique, les employeurs devraient évaluer les risques pour décider des mesures à prendre pour protéger la santé des travailleurs, surveiller et revoir les mesures préventives, informer les travailleurs des risques encourus et les former à une bonne hygiène professionnelle. Les personnes qui travaillent à leur compte doivent aussi se conformer à la réglementation relative à la santé et à la sécurité et prendre les précautions nécessaires.

BIT en ligne: Que peuvent faire les gouvernements pour soutenir les partenaires sociaux?

Susan Longley: Les gouvernements doivent être incités à répondre aux préoccupations des syndicats. Ces derniers doivent être impliqués à tous les niveaux de planification et de mise en place de programmes de santé publique et de sécurité sur le lieu de travail. Au Royaume-Uni, le Syndicat des transports (TGWU) a récemment plaidé pour qu'un plan conjoint antigrippe aviaire soit mis en place afin de protéger les travailleurs des élevages, des industries volaillères et agroalimentaires. Le syndicat recommande une évaluation des effets sur l'emploi avicole d'une chute soudaine de la consommation de volaille par le grand public, des abattages de volailles et des opérations de production, de manière à élaborer un plan de sauvegarde pour la sécurité des employés. Il réclame également un soutien financier du gouvernement pour les travailleurs avicoles et autres qui pourraient être mis en chômage technique en cas de nouvelle flambée de grippe aviaire.

BIT en ligne: Quel est le rôle de l'OIT?

Susan Longley: L'OIT atteste aujourd'hui que la grippe aviaire est une question clé pour l'emploi et le lieu de travail et revendique de jouer les premiers rôles dans la réponse des agences des Nations Unies à cette crise. Ainsi en novembre 2006, le Conseil d'administration de l'OIT a approuvé un plan d'action impliquant sa participation ainsi que celle des syndicats au sein de l'UNSIC (Coordinateur de l'ONU pour les grippes aviaire et humaine). Jusqu'à présent cependant, les ressources financières allouées à cette tâche ont été très limitées. Alors que le virus continue de se propager, les travailleurs de l'agroalimentaire et donc le grand public sont toujours exposés à la menace.

L'OIT est déjà partie prenante du plan d'action de l'ONU de 2,4 millions de dollars dans le domaine de la sécurité et la santé au travail, prenant en compte les pertes financières, les conséquences pour le marché du travail et la diffusion de l'information. L'OIT mettra aussi l'accent sur la nécessité de s'attaquer aux questions de droits des travailleurs, du dialogue social à tous les niveaux, de la protection sociale et de la perte de revenus résultant de la grippe aviaire.