Faciliter le passage de l'école à la vie active: Le Royaume-Uni, premier pays occidental souhaitant intégrer le Réseau pour l'emploi des jeunes

Le Sous-Secrétaire parlementaire au travail et aux pensions du Royaume-Uni, M. James Plaskitt, a annoncé en juin à la Conférence internationale du Travail que le Royaume-Uni avait l'intention d'intégrer le Réseau pour l'emploi des jeunes. Pour M. Plaskitt, ce réseau qui est une initiative commune de l'OIT, de l'ONU et de la Banque mondiale sert de "cadre à nos échanges d'expériences avec nos partenaires". Cette nouvelle qui arrive au moment même où le Royaume-Uni s'apprête à accueillir le Sommet du G8 et à prendre la présidence de l'Union européenne traduit toute l'importance que l'Agenda mondial du développement et de la sécurité collective accorde à l'Objectif du Millénaire visant à assurer aux jeunes un emploi décent et productif.

Article | 5 juillet 2005

GENÈVE (BIT en ligne) - Lorsque les dirigeants du G8 se retrouveront en Ecosse du 6 au 8 juillet pour le Sommet du G8, ni le problème de la pauvreté dans le monde, surtout en Afrique, ni les mesures à prendre de toute urgence face aux difficultés auquel se heurte ce continent n'échapperont à leur attention.

A cela une seule et unique raison: la Déclaration du Millénaire, qui regroupe les engagements pris à la plus grande réunion de chefs d'Etat et de gouvernement de toute l'histoire de l'humanité face au problème de la pauvreté dans le monde et à ses causes. Depuis le Sommet du Millénaire de l'ONU, tenu en 2000, personne n'ignore que, à elle seule, l'aide ne règlera pas les problèmes de tous ceux qui luttent pour leur survie en Afrique ou ailleurs. Une étude sur les Objectifs du développement pour le Millénaire a d'ailleurs montré que l'Afrique était bien loin des objectifs qu'elle s'était fixé. Et personne n'ignore plus aujourd'hui que le développement et la sécurité collective sont étroitement liés.

Pour les partenaires du Réseau pour l'emploi des jeunes, placé sous la direction du Bureau international du Travail, l'emploi est le premier échelon à gravir pour s'affranchir de la pauvreté. Et pour la communauté internationale l'Objectif du Millénaire visant à assurer aux jeunes un emploi décent et productif est une véritable chance pour la lutte contre la pauvreté.

"Faire en sorte que la nouvelle génération commence d'un bon pied est un objectif social d'une importance vitale pour nous tous", a déclaré M. Plaskitt à la Conférence annuelle de l'OIT. Il a également relevé l'importance qu'accordent à l'emploi des jeunes les rapports de la Commission mondiale sur la dimension sociale de la mondialisation et de la Commission pour l'Afrique, une commission indépendante présidée par Tony Blair.

Le rapport de la Commission pour l'Afrique "Dans l'intérêt de tous" recommande notamment de prévoir des ressources pour étendre le travail du Réseau pour l'emploi des jeunes du Secrétaire général de l'ONU à 25 pays d'Afrique subsaharienne.

Depuis l'annonce faite par le Royaume-Uni, les pays en tête du Réseau sont au nombre de quatorze (Azerbaïdjan, Brésil, République démocratique du Congo, Egypte, Indonésie, Iran, Mali, Namibie, Nigéria, Rwanda, Sénégal, Sri Lanka, Syrie).

Ce sont déjà 37 pays de différentes régions du monde qui ont pris des mesures en vue de la préparation d'un plan national d'action en matière d'emploi des jeunes ou qui ont soumis des rapports à ce sujet. Sans compter tous ceux qui s'apprêtent à le faire. Le Secrétaire général de l'ONU commandera une analyse et une évaluation de ces rapports et des activités du Réseau à l'intention de la session de l'Assemblée générale d'octobre, qui sera amenée à évaluer le travail accompli en dix ans par le Programme mondial d'action concernant les jeunes.

Le BIT sert de secrétariat permanent au Réseau pour l'emploi des jeunes, qui a été créé en 2001 par le Secrétaire général de l'ONU à l'initiative de l'ONU, de l'OIT et de la Banque mondiale.

Lorsqu'il a annoncé que le Royaume-Uni s'apprêtait à intégrer ce réseau, devenant du même coup le premier pays industrialisé occidental à le faire, le ministre a déclaré que ce réseau était un cadre utile pour un échange d'expériences enrichissant avec d'autres pays. "Nous espérons que d'autres partenaires intégreront le Réseau afin que nous puissions progresser selon le rythme dicté par les changements qui surviennent actuellement dans nos sociétés."

Le Royaume-Uni peut se vanter d'avoir ramené le taux de chômage des jeunes de 17,4 pour cent en 1993 à 10,9 pour cent en 2004, ce qui, d'après le ministre, n'a été possible que grâce à une certaine stabilité macroéconomique et à une nouvelle approche sociale.

"Une partie essentielle de notre politique concernant le marché du travail consiste à faire en sorte que l'éducation, les compétences, les politiques en matière de formation soient mises au service de la création d'une force de travail productive, adaptable et souple. Nous reconnaissons également la nécessité de veiller à ce que la réglementation n'empêche pas la création d'emplois et, en particulier, nous souhaitons encourager l'esprit d'entreprise."

Un rapport ( Note 1) sur l'emploi des jeunes dont la Conférence internationale du Travail a été saisie cette année */ insiste sur le fait qu'une période de chômage prolongée chez les jeunes risque de restreindre leur employabilité, leurs revenus et leur accès à des emplois de qualité, sans parler du risque de voir se prolonger des comportements et attitudes adoptés à l'adolescence et à la jeunesse.

Le chômage des jeunes de 15 à 24 ans a des effets sur la société à tous les niveaux. Les gouvernements perdent ainsi les investissements réalisés dans l'éducation et la formation, et voient leur assiette fiscale se réduire et les coûts de l'assurance sociale augmenter, tout en perdant des voix parmi les jeunes. Pour les organisations d'employeurs, un jeune au chômage ou sous-employé est un jeune qui a moins d'argent à consacrer à l'achat de produits et services. C'est aussi une diminution de l'épargne personnelle qui aurait pu être investie dans les affaires, et donc une perte de production. Et pour les organisations de travailleurs, chaque jeune au chômage est un membre en moins qui aurait pu les aider à améliorer les droits, la protection et les conditions de travail.

Un taux de chômage élevé et croissant parmi les jeunes peut même être cause d'instabilité sociale et d'augmentation de la toxicomanie et de la criminalité. Par ailleurs, le chômage des jeunes et l'emploi de mauvaise qualité peuvent contribuer à une aggravation de la pauvreté.

Le soutien que le Royaume-Uni apporte au Réseau au moment où il s'apprête à présider deux des plus grands groupes du monde, le G8 et l'Union européenne, pourrait bien redonner de l'espoir à plus d'un quart de la population mondiale - 1,1 milliard de jeunes de 15 à 24 ans qui vivent dans l'extrême pauvreté. Espérons que les efforts qui sont déployés pour que les questions liées à l'emploi des jeunes soient inscrites à l'ordre du jour de ces deux groupes apporteront davantage de soutien et de ressources aux programmes nationaux visant à améliorer la situation en matière d'emploi des jeunes, hommes et femmes, de certains des pays les plus pauvres.

En juillet, alors que les politiciens mèneront leurs tractations en lieu sûr, dans les rues d'Edimbourg et d'ailleurs des centaines d'organisations seront là pour manifester leur soutien et leur solidarité aux pauvres du monde entier et pour réclamer plus de justice sociale. Les uns comme les autres feront ainsi écho à cette affirmation de la Déclaration de Philadelphie selon laquelle "la pauvreté, où qu'elle existe, constitue un danger pour la prospérité de tous".


Note 1