7ème Réunion régionale européenne de l'OIT Travail décent pour les jeunes

BUDAPEST - Le chômage des jeunes en Europe et en Asie centrale s'est maintenu à un très haut niveau au cours de la décennie passée. Dans pratiquement l'ensemble de cette région, le nombre de sans-emploi dans la jeune population est plus de deux fois supérieur à celui du monde des adultes. Et l'emploi des jeunes sera l'un des thèmes dominants de la 7e Conférence régionale européenne de l'Organisation internationale du Travail, prévue à Budapest du 14 au 18 février. BIT en ligne a interrogé Jane Stewart, Directrice adjointe du Secteur de l'emploi et coordinatrice de l'équipe de l'emploi des jeunes du BIT.

Article | 9 février 2005

1. L'emploi des jeunes en Europe suit-il la tendance ascendante relevée dans le monde?

Jane Stewart:
Dans le cas de l'Europe, les 15 pays qui constituaient l'Union jusqu'à récemment ont raisonnablement bien géré la question au cours de la dernière décennie puisqu'ils avaient le taux de chômage des jeunes le plus bas (14,5 pour cent) et le plus faible ratio de chômage jeunes-adultes (2,15). Il faut cependant relever que les économies d'Europe centrale et orientale et celles de la Communauté des Etats Indépendants (CEI) ont montré des tendances moins favorables dans nombre d'indicateurs du marché du travail des jeunes: faibles taux de participation dans le potentiel actif et niveaux de chômage relativement élevés.

2. Que diriez-vous de la qualité des emplois pour jeunes?

Jane Stewart:
Les jeunes sont souvent ceux qui travaillent de longues heures, de manière informelle et dans des conditions de sécurité hasardeuses. Il est vrai qu'une plus grande flexibilité de l'emploi pourrait, dans une certaine mesure, faciliter l'accès des jeunes à un travail plus stable. Mais il reste à savoir dans quelle mesure l'emploi à temps partiel ou provisoire n'est pas le choix même de ces jeunes et s'il sera facile d'en faire à terme un emploi durable et de qualité.

3. Quels sont les obstacles qui empêchent d'assurer aux jeunes plus d'emplois et des meilleurs?

Jane Stewart:
Vouloir améliorer la situation des jeunes sur le marché du travail resterait illusoire si l'offre générale de travail décent ne s'accroît pas. Les problèmes rencontrés par les jeunes dans le monde du travail sont étroitement liés aux conditions générales du marché du travail.

On voit dans les jeunes un certain risque ou une main-d'œuvre sans qualification ni expérience. Ils sont les plus exposés aux effets des cycles économiques, dans la mesure où, derniers embauchés en période d'expansion, ils sont les premiers à être licenciés en cas de récession. En moyenne, le chômage chez les jeunes est deux à trois fois plus élevé que chez les adultes. Même dans les pays de l'Union européenne, qui a le ratio le plus bas jeunes-adultes en matière de chômage, le nombre de sans-emploi chez les jeunes est plus de deux fois supérieur à celui que connaît le monde des adultes, avec des exceptions en Autriche, en Allemagne et en Suisse). Assurer une transition en douceur de l'école au travail reste un défi majeur dans nombre de pays développés ou en développement. Même si l'accès à l'enseignement supérieur s'est largement accru dans le monde au cours des deux dernières décennies, le taux de chômage reste élevé chez les jeunes. Dans de nombreux cas, l'éducation et la formation ne répondent pas aux exigences du marché du travail.

4. Quelles interventions spécifiques estimez-vous nécessaires pour améliorer le sort des jeunes aujourd'hui?

Jane Stewart:
On ne peut pas dire qu'il existe une voie unique pour relever ce défi, pas plus qu'il n'y a de formule magique. Mais nous savons certaines choses:

Il nous faut d'abord adopter des politiques à même de donner aux jeunes qualifications et expérience. Les jeunes sont souvent pris dans ce cercle vicieux: ils n'obtiennent pas de travail parce qu'ils n'ont pas d'expérience, et ils n'ont pas d'expérience parce qu'ils ne travaillent pas.

La plus importante de ces aptitudes est sans nul doute la capacité à réagir et à s'adapter aux changements. Il est donc important de passer de la formation fondée sur la seule spécialisation technique à une éducation et une formation qui donnent d'autres qualifications, plus généralement sollicitées. On peut citer l'art de travailler en équipe et de trouver des solutions aux problèmes et le sens de la communication. Il y a lieu également d'adopter une approche globale: il est essentiel, mais pas suffisant, d'insuffler aux jeunes les compétences requises pour faire face aux mutations rapides qui se produisent sur le marché du travail (et cela par l'éducation ou des mesures concrètes intéressant sur ce marché) ou de les aider à créer leur propre entreprise. Mais il importe qu'existent là des emplois auxquels ils peuvent prétendre. Aussi les politiques macroéconomiques, génératrices d'emplois, sont-elles au cœur même de la question du travail des jeunes.

5. Comment le BIT répond-il au défi posé par l'emploi des jeunes?

Jane Stewart:
Le BIT a réitéré son engagement de relever ce défi en renforçant ses programmes techniques. Sa stratégie globale de l'emploi, codifiée sous le nom d'"Agenda global pour l'emploi" va au-delà de la portée des politiques traditionnelles du marché de l'emploi et met celui-ci au cœur de la politique économique et sociale. L'emploi des jeunes est partie intégrante de ce cadre.

Les activités du BIT intéressant le travail décent des jeunes s'exercent sur trois axes:

  • Elargir la base des connaissances pour mieux comprendre les aspects multiformes du défi posé par l'emploi des jeunes et concevoir des interventions cohérentes et coordonnées pour y répondre.
  • Promouvoir des emplois décents et productifs pour les jeunes, en générant le consensus et en favorisant les partenariats au niveau national et international. A cet égard, l'OIT apporte son soutien à ses composants tripartites pour les unir dans l'action face à ce défi.
  • Aider les gouvernements et les partenaires sociaux à élaborer des politiques intégrées d'emploi des jeunes et des programmes fondés sur les principes inscrits dans les normes internationales du travail. L'Organisation met au point toute une série d'instruments, dont l'usage reste flexible et adaptable par les Etats membres dans leur conception des politiques et programmes à même de donner aux jeunes des emplois productifs et décents.
6. Pouvez-vous nous en dire plus sur les initiatives internationales et régionales intéressant l'emploi des jeunes?

Jane Stewart:
Nombre d'initiatives ont été prises au sein du système des Nations Unies, mais la principale est venue du "Réseau d'emploi des jeunes", le YEN (Youth Employment Network) établi en partenariat, en 2001, par le Secrétaire général de l'ONU Kofi Annan, le Président de la Banque mondiale James Wolfensohn, et le Directeur général du BIT Juan Somavia. Il incombait à cette instance de prendre en charge la mise en application de la résolution des chefs d'Etat et de gouvernement, adoptée dans le cadre de la Déclaration du millénaire des Nations Unies, et recommandant "la définition et la mise en application de stratégies donnant à tous les jeunes, de par le monde, une chance réelle de trouver un emploi décent et productif". Le BIT abrite le secrétariat permanent du YEN et dirige ses activités. Il est ainsi en mesure d'œuvrer en faveur d'une prise de conscience du problème posé par le travail des jeunes et de faire valoir les principes de l'OIT dans les programmes internationaux de développement et les débats sur les politiques à suivre. Ce partenariat permet aussi de réunir responsables politiques, employeurs, travailleurs, jeunes et tous ceux qui sont partie prenante afin qu'ils mettent en commun leurs compétences, leurs savoirs et leurs expériences, et répondent, par des politiques durables et des solutions pratiques, à la question cruciale de l'emploi des jeunes.

La Stratégie européenne de l'emploi, lancée par l'Union européenne en 1997, est un exemple de réponse régionale au problème de l'emploi, notamment des jeunes. Trois des objectifs de cette stratégie intéressent spécifiquement les jeunes:

  • Tout jeune au chômage est censé prendre un nouveau départ en se voyant offrir une formation, un travail ou le bénéfice d'une mesure particulière avant six mois de chômage.
  • En 2010, au moins 85 pour cent des jeunes de 22 ans dans l'Union européenne devraient avoir achevé leurs études supérieures.
  • Tout devra être fait d'ici à 2010 pour que le taux moyen de chômage des jeunes qui quittent l'école prématurément ne dépasse pas 10 pour cent.
7. Quel serait en cela le rôle des partenaires sociaux de l'OIT et des autres organisations associées?

Jane Stewart:
Le BIT et l'Organisation internationale des employeurs (OIE) œuvrent de concert au sein du YEN pour mieux cerner les contraintes des jeunes entrepreneurs qui se lancent et les encouragements à leur prodiguer. L'Organisation des employeurs, qui a demandé à ses jeunes membres de participer à une étude du BIT sur l'entreprenariat, collabore avec le YEN pour parvenir, via le WEB, à une harmonisation des différents réseaux d'entrepreneurs membres de l'OIE, au niveau local, national et régional, avant de s'ouvrir, dans un possible deuxième temps, à d'autres réseaux de jeunes entrepreneurs, dans une structure mondiale.

La Confédération internationale des syndicats libres (CISL) s'est récemment associée à un certain nombre d'organisations non gouvernementales pour lancer une nouvelle campagne contre la pauvreté, campagne qui coïnciderait avec la manifestation marquant les cinq ans de la Déclaration des objectifs de développement du millénaire, prévue en septembre 2005. Dans ce cadre, la CISL entend mettre l'accent sur le problème du travail décent des jeunes, qui figure dans les objectifs du millénaire.