Le travail des enfants en Amérique Latine: L'accident qui a changé la vie de Braulio

Selon le nouveau rapport global de l'OIT "La fin du travail des enfants: un objectif à notre portée", l'Amérique latine et les Caraïbes ont connu un recul rapide du travail des enfants au cours des quatre dernières années. Le nombre d'enfants travailleurs dans la région a diminué des deux tiers avec seulement 5 pour cent des enfants aujourd'hui au travail. Reportage de BIT en ligne depuis le Pérou où l'OIT travaille à l'élimination progressive du travail des enfants dans les mines artisanales.

Article | 4 mai 2006

LA RINCONADA, Pérou (BIT en ligne) - Comme beaucoup d'autres enfants de La Rinconada, Braulio, 14 ans, a travaillé à la mine depuis son plus jeune âge, portant de lourdes charges de minerai en tant que quimbalatero (concasseur de pierre).

"Un jour, je ne me sentais pas bien, j'étais très fatigué et je suis tombé plusieurs fois au travail. A la sortie de la mine, ma charrette s'est retournée et tout le minerai est tombé. Le capitaine me regardait. Il m'a frappé durement", raconte-t-il.

Braulio avait entendu parler du projet du Programme international de l'OIT pour l'élimination du travail des enfants (IPEC) dans les mines de La Rinconada, projet qui bénéficiait à la communauté grâce à son organisation partenaire, Care International.

"J'en avais entendu parler à la radio. J'ai décidé de contacter les responsables du projet. Ils sont venus à la mine et ont parlé au Directeur et il a été puni. Après ça, je n'ai travaillé qu'un mois de plus en aidant à l'entretien de l'entrepôt du propriétaire."

Le projet de l'IPEC à La Rinconada a pour but de renforcer et développer la santé, l'éducation, la nutrition et d'autres services, mais aussi d'améliorer les conditions de travail des mineurs adultes.

La sensibilisation est également une priorité. Lorsque Braulio, ses frères et son père ont commencé à assister à des réunions organisées dans le cadre du projet, ils ont appris que "travailler n'était pas bon pour nous. J'avais mal partout, parfois nous ne mangions pas bien, et c'était difficile d'aller à l'école et d'étudier. Maintenant ça va mieux. Nous savons plus de choses et nous voulons avancer et réussir nos vies".

Le père de Braulio comprend maintenant combien il est important d'offrir un avenir meilleur à ses enfants. "Mon père était très reconnaissant et leur a dit que dorénavant il serait le seul à travailler et que nous pourrions nous consacrer à l'école", dit-il.

Plus de 2 500 enfants ont été aidés par le projet IPEC/CARE, qui oeuvre pour l'élimination progressive du travail des enfants dans les mines artisanales. La communauté locale soutient cet objectif et a accru sa vigilance vis-à-vis du travail des enfants pour éviter à d'autres enfants de partager l'expérience de Braulio dans les mines.

"L'école pour tous" - de la Bolsa Escola à la Bolsa Familia

Des progrès ont également été accomplis dans d'autres pays d'Amérique latine. Le nouveau rapport présente l'exemple du Brésil pour illustrer la manière dont les pays peuvent avancer dans le traitement de la question du travail des enfants.

La tendance à la hausse du travail des enfants au Brésil dans les années 80, et en particulier l'émergence du phénomène très visible des enfants des rues, a commencé à attirer l'attention du monde et avec elle l'implication des organisations non gouvernementales (ONG) et des agences internationales telles que l'OIT et l'UNICEF.

Le temps de l'action est aussi venu avec la restauration de la démocratie et l'adoption d'une nouvelle Constitution en 1988, suivies par l'adoption du Statut des enfants et des adolescents en juillet 1990. Le Statut comprend dix sections sur le travail des enfants et établit clairement que le travail des enfants et le droit à l'éducation sont incompatibles.

C'est dans ce contexte que le Brésil a rejoint l'IPEC en 1992 parmi les six premiers participants. La décennie suivante a connu des développements impressionnants, le pays franchissant un seuil dans le combat contre le travail des enfants. "De nombreux facteurs expliquent la baisse de l'occurrence du travail des enfants à partir du milieu des années 90. Une des raisons est le haut niveau de mobilisation sociale au Brésil", explique Guy Thijs, Directeur de l'IPEC-OIT.

Ce qui a vraiment fait la différence, c'est l'établissement d'une structure unique et novatrice, le Forum national pour la prévention et l'éradication du travail des enfants. Mis en place fin 1994, il représente un cadre permanent autour duquel les acteurs sociaux peuvent élaborer un consensus et discuter des politiques et des questions liées au travail de enfants et à l'emploi des jeunes.

La nouvelle Constitution avait rendu la scolarité obligatoire pendant huit ans; en février 2006, cette période a été portée à neuf ans. A partir du milieu des années 90, une importante avancée s'est produite dans la scolarisation en primaire dans les régions les plus pauvres - le Nord, le Nord-Est et le Centre-Ouest.

Cela a été possible grâce à une politique publique fortement engagée dans la garantie que chaque enfant aille à l'école. Le programme de la Bolsa Familia et son prédécesseur Bolsa Escola apportent un soutien financier aux familles à condition que les enfants aillent à l'école. Un Programme innovant pour l'éradication du travail des enfants (PETI) a spécifiquement visé les enfants travailleurs. En plus des incitations financières, il apporte un soutien éducatif et périscolaire. Etabli en 1996, aujourd'hui il bénéficie à plus d'un million d'enfants âgés de 9 à 15 ans.

Le taux net de scolarisation dans le groupe d'âge des 7-14 ans est passé de 86 pour cent en 1991 à 97,1 pour cent en 2004. Cela a par conséquent généré une forte demande d'éducation secondaire dans laquelle la fréquentation a augmenté de 10 pour cent par an depuis 1995 - un taux de croissance qui est sans comparaison avec aucun autre pays.

L'Amérique latine a pris la tête de la lutte mondiale contre le travail des enfants. "L'Amérique latine et les Caraïbes accomplissent les plus grands progrès au regard de l'élimination du travail des enfants. Le nombre des enfants économiquement actifs âgés de 5 à 14 ans a chuté de 17,4 à 5,7 millions au cours des quatre dernières années, avec seulement 5 pour cent d'enfants encore au travail aujourd'hui", explique Guy Thijs.

"La région se situe bien en avance par rapport à l'Asie et au Pacifique, d'une part, et à l'Afrique subsaharienne, d'autre part, qui enregistrent de bien plus modestes baisses", conclut-il.


Nota 1 - La fin du travail des enfants: un objectif à notre portée, Rapport global en vertu du suivi de la Déclaration de l'OIT relative aux principes et droits fondamentaux au travail, Conférence internationale du Travail, 95e session, Genève, 2006.