ABANDONNÉS À AMSTERDAM

Date de parution: 20 décembre 2005 |

La coutume veut qu’un marin n’abandonne son navire que dans les circonstances les plus extrêmes. Mais de plus en plus souvent, dans le monde entier, c’est le marin lui-même qui se retrouve abandonné, laissé en rade et oublié dans des ports étrangers. C’est un problème croissant, comme l’explique la télévision de l’OIT.

Le port d’Amsterdam. Pour la plupart des navires, c’est un point de départ, mais pour d’autres, c’est la fin du voyage.

On trouve ici plusieurs navires qui sont retenus dans le port pour cause de violation majeure des normes de sécurité internationales. Il y en a un qui est là depuis des mois, coincé dans le port pour réparation et empêtré dans des négociations sur les arriérés de salaires.

Il dit qu’il va…

Ruud Touwen, Fédération internationale des travailleurs du transport

…Tout d’un coup, cet homme est venu au nom des propriétaires et, bien sûr, il a pris la responsabilité d’essayer de trouver une solution pour ramener plus de gens avec lui à Istanbul et les payer sans respecter les termes du contrat. Il s’en va parce que sa mission est devenue une mission impossible.

Les propriétaires du navire, ne pouvant pas ou ne voulant pas sortir l’argent pour réparer un investissement qui sent la rouille, vont probablement choisir de se laver les mains de toute cette situation et risquent d’abandonner l’équipage et le navire.

La Commission maritime conjointe de l’Organisation internationale du travail a identifié l’abandon de navires et d’équipages comme étant l’un des pires problèmes auxquels soit confronté l’industrie de la navigation. Jean-Yves Legouas explique:

Jean-Yves Legouas, Expert maritime de l’Organisation internationale du travail (OIT)

Il ne fait aucun doute que ce genre d'abandon est un problème croissant. Pourquoi? Probablement parce que les propriétaires de navires en mauvais état ont découvert qu'ils peuvent désormais tout simplement rompre tout lien avec un navire qui se trouve dans une situation financière difficile car c'est le début de l'abandon.

Le représentant syndical local, Ruud Touwen, arbore six pages de violations auxquelles il convient de pallier. Certains membres de l'équipage n'ont pas été payés depuis près d'un an. L'état des équipements à bord, mauvais dès le départ, ne fait qu'empirer. Les provisions sont presque épuisées. Pour leur survie, les équipages ainsi abandonnés doivent donc compter sur la charité et sur les syndicats locaux. Les familles dont ils subviennent aux besoins, chez eux, risquent de n'avoir plus personne sur qui compter.

Chaque jour qui passe n'apporte rien. Le temps passe et passe, pour rien. C'est pareil pour la compagnie et pour nous. Pour nous, c'est une situation très difficile.

L'abandon est un problème dans ces territoires marins inexplorés. L'OIT, avec d'autres agences internationales, travaille à la mise en place d'un cadre législatif qui permettrait de remédier à cette situation désespérée car il n'existe à l'heure actuelle aucune loi qui réponde pleinement à ce problème d'abandon.

L'équipage a vu beaucoup de navires quitter ce port. Pour l'instant, ces marins ne peuvent que se demander si leur tour viendra un jour.