Indonésie: l'art de la négociation collective

Les droits syndicaux ont marqué des points ces six dernières années en Indonésie. Le BIT en ligne s'intéresse à un dirigeant syndical d'un supermarché de Djakarta qui, avec l'aide du BIT, a donné l'exemple à des dizaines d'autres entreprises en Indonésie, dans le but de créer un lieu de travail productif, bénéfique non seulement aux travailleurs mais aussi aux clients.

Article | 22 octobre 2004

DJAKARTA, Indonésie – Si vous suivez Mohammad Hakim pendant une journée, vous penserez que le nom du supermarché pour lequel il travaille a été nommé d'après lui: le supermarché s'appelle Héros! En effet, toute la journée, Hakim effectue une tâche après l'autre. Vous le voyez vérifier les produits qui se trouvent dans les rayons. Peu après, vous le retrouvez en train de faire l'inventaire ou d'aider un de ses collègues à remplir les étagères vides.

C'est un vrai héros d'abord pour ses collègues, mais pas seulement. Il n'y a pas que ses seuls collègues qui se tournent vers lui en temps de crise. Comme responsable syndical, il aide à résoudre les problèmes par la négociation avec les responsables de Héros, qui encouragent cette sorte de négociation collective dans l'ensemble de leurs 222 magasins.

«Quand nous avons un problème avec n'importe lequel de nos employés, ou à l'inverse si un employé a un problème, nous en parlons à Hakim, qui essaye de trouver un terrain d'entente», confie Koeshanto, Directeur des ressources humaines.

Aujourd'hui, le succès du supermarché Héros symbolise les relations cordiales entre les responsables et le personnel. Il y a quelques années encore, du temps de la crise économique, c'était une toute autre histoire. Jusqu'en 1998, le gouvernement indonésien ne tolérait pas les militants ou les syndicalistes, et utilisaient régulièrement la force militaire pour régler les conflits du travail.

Hakim est persuadé que la crise économique de 1998 a amplifié le besoin d'avoir des syndicats libres et indépendants. Elle a d'ailleurs mené à leur création après la ratification de la convention n° 87 sur la liberté syndicale par le gouvernement cette même année. La crise a conduit à une récession généralisée et à des mouvements de rébellion qui sont même allés jusqu'à la destruction d'immeubles à Djakarta, parmi eux des ma gasins Héros. Vingt-deux magasins ont dû ensuite fermer. Des licenciements massifs en ont résulté.

«Il n'y avait pas de syndicats vers lesquels les travailleurs pouvaient se tourner, dit Hakim, et avec 80 pour cent d'inflation et un salaire à peine suffisant pour survivre, les travailleurs avaient assez à faire. A ce moment précis, les travailleurs ont commencé à ouvrir les yeux et à demander des solutions. Nous avons essayé de rassembler un maximum de travailleurs, puis nous avons discuté de leurs problèmes et de la façon de les résoudre avec les responsables.»

Dorénavant, régulièrement, le syndicat de Héros et les responsables tiennent de très utiles réunions. L' Organisation internationale du Travail collabore avec les responsables syndicaux comme Hakim et avec les entreprises comme Héros, assure leur formation pour trouver des solutions, y compris sur les sujets comme la négociation collective, la coopération entre les partenaires sociaux pour une meilleure efficacité et une plus grande justice sociale, l'égalité entre hommes et femmes, et la mise en œuvre des nouvelles réglementations du travail.

Ce partenariat a conduit Héros à trouver des solutions en matière de flexibilité des heures de travail pour les femmes ainsi que pour le paiement des heures supplémentaires. Dans le passé, les heures supplémentaires n'étaient jamais payées, elles étaient remplacées par un jour de récupération.

Ce qui se passe au supermarché Héros met en lumière la tendance générale du pays à développer des syndicats plus nombreux et plus efficaces, avec en toile de fond des lois plus favorables à la défense des droits des travailleurs depuis 1998. Différentes lois relatives aux libertés et au règlement des conflits au sein du travail ont permis de rationaliser les termes des séparations en fin de contrat et le droit de grève, même si des questions comme le travail temporaire ou la sous-traitance restent problématiques. Elles ont également permis de jeter les bases d'un système moderne de gestion des conflits du travail.

Carmelo Noriel, Conseiller en chef du projet de coopération technique à Djakarta pense qu'un nombre de plus en plus important de travailleurs et de syndicalistes ainsi que d'employeurs ont amélioré leur compréhension et leur appréciation des droits fondamentaux au travail depuis 1998.

«Le grand changement maintenant, confie-t-il, est que vous avez de plus en plus souvent ce que j'appellerai une négociation collective naturelle dans laquelle les travailleurs utilisent leurs droits syndicaux en permanence. Les employeurs le font eux aussi de leur côté.»

Les demandes de négociation collective et d'amélioration de la gestion du personnel sont de plus en plus nombreuses. Des dizaines d'entreprises multinationales comme Coca-Cola, Adidas, Nike ou Unilever se tournent désormais vers Hakim. A travers les activités du projet de l'OIT, ces entreprises cherchent à comprendre la force de la négociation collective et à découvrir les secrets de la chaîne de magasins Héros qui ne cesse d'augmenter sa clientèle.