Sommet mondial de l'ONU 14-16 septembre 2005 S'affranchir de la pauvreté par le travail en Russie

Comme le montrent les statistiques officielles, malgré le redressement financier opéré par la Fédération de Russie en 1998, dans ce pays, près d'une personne sur cinq vit dans la pauvreté. Pire encore, les "travailleurs pauvres" comme on les appelle constituent un pourcentage élevé de ceux qui vivent dans la pauvreté. En effet, la moitié au moins de la population pauvre est formée de personnes ayant un emploi. Dans le texte qui suit, il sera question d'une région du Nord-Ouest de la Russie où l'OIT a lancé récemment un projet de promotion de l'emploi et de réduction de la pauvreté.

Article | 15 septembre 2005

VSEVOLOZHSK, Russie (BIT en ligne) - Sergey et sa femme Oxana travaillent tous les deux, lui comme enseignant et elle comme médecin, mais ils ne gagnent pas plus de 4 500 roubles par mois à eux deux (soit environ 157 dollars des Etats-Unis). En tant que famille à bas revenus, ils reçoivent par ailleurs une allocation de 70 roubles (environ 2,50 dollars des Etats-Unis) pour chacun de leurs deux enfants. Ce qui fait en tout 162 dollars des Etats-Unis par mois, et donc beaucoup moins que le seuil de pauvreté officiel, fixé à 390 dollars des Etats-Unis.

Sergey et Oxana sont des travailleurs pauvres comme on en trouve beaucoup en Russie, surtout dans l'enseignement, la culture, la santé et d'autres services publics. Font aussi partie des groupes de population vulnérables la population rurale, ceux qui vivent dans des petites villes éloignées, les enfants et les chômeurs, les personnes ayant un faible niveau d'instruction et ceux qui vivent dans des régions pauvres.

Comment font-ils pour s'en sortir? En dépensant le moins possible et en se limitant au strict nécessaire. "Le mois le plus difficile pour moi est le mois de septembre, quand nos enfants retournent à l'école", nous dit Oxana. "Les enfants grandissent tellement vite, et chaque année nous devons acheter de nouveaux vêtements pour l'école, des cahiers et d'autres choses. Je passe des heures à étudier la liste pour n'acheter que ce qui est absolument indispensable, et je n'achète qu'en solde, mais quoi que je fasse je ne peux pas descendre en dessous de 150 dollars. Ça fait un gros trou dans notre budget, et je ne crois pas que nous pourrons payer toutes nos dettes avant le mois de décembre."

D'après Rosstat, l'Office des statistiques de la Fédération de Russie, 18 pour cent de la population de ce pays, soit 340 millions de personnes, vivraient aujourd'hui dans la pauvreté. Les différences entre régions sont énormes, et les niveaux de pauvreté allaient de 8-9 pour cent à 70 pour cent dans certaines régions en 2004.

La Fédération de Russie n'a pas encore de stratégie nationale de lutte contre la pauvreté, mais le Président Vladimir Putin a lancé un programme ambitieux de croissance et de développement durables pour le pays. La réduction de la pauvreté fait partie de ses objectifs nationaux les plus urgents. Les autres priorités sont le doublement du PIB, la réforme des secteurs de la santé, du logement et de l'enseignement, et l'amélioration des conditions sociales du personnel de l'armée. Les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) constitueraient le fondement d'une telle stratégie qui pourrait aller bien au-delà des objectifs mondiaux.

"Dans le domaine de la réduction de la pauvreté, cela inclut un soutien aux programmes pilotes régionaux, avec une insistance sur la création d'emplois et la formation, un secteur où l'OIT a bien sûr un rôle important à jouer", nous dit Pauline Barrett-Reid, ancienne directrice du Bureau de l'OIT à Moscou. "C'est pour cela que nous avons lancé un projet pilote fondé sur l' Agenda du travail décent de l'OIT pour promouvoir l'emploi et réduire la pauvreté dans le Nord-Ouest du pays."

Le ministre russe du Travail et du Développement social a proposé le district fédéral du Nord-Ouest comme territoire pilote du projet, et ce choix n'est pas le fruit du hasard. Ce district qui comprend 11 régions et qui compte 14 millions d'habitants a connu la plupart des formes de pauvreté que l'on rencontre aujourd'hui en Russie, y compris les bas salaires pour ceux qui travaillent. Dans le district même, il existe des différences importantes de niveaux de pauvreté, qui vont de 16,5 pour cent à Saint-Pétersbourg à 35,1 pour cent dans la région de Kaliningrad.

L'OIT a déjà organisé à l'intention des administrations régionales et des organisations d'employeurs et de travailleurs plusieurs cours de formation et séminaires qui devraient leur permettre de promouvoir le travail décent et d'apprendre à utiliser les outils de la lutte contre la pauvreté de l'OIT au niveau régional. Le programme a aussi réalisé une étude exhaustive de la situation des différentes régions du district en matière de pauvreté, et a encouragé l'élaboration de recommandations concernant les niveaux de vie, ainsi que les revenus, les salaires et les politiques du marché de l'emploi.

"Plusieurs études préparées pendant la durée du projet ont intéressé vivement tous ceux qui traitent du problème de la pauvreté, et le Bureau de l'OIT à Moscou reçoit de nombreuses demandes de copies", nous dit Mme Barrett-Reid. "L'étude qui a eu le plus de succès est certainement celle sur la monétarisation des prestations sociales, une question brûlante dans la Russie d'aujourd'hui." En procédant récemment à une monétarisation des prestations sociales, le gouvernement russe a tenté en fait de réduire la charge sociale de l'Etat, déclenchant du coup des troubles sociaux en janvier.

La coordinatrice du projet, Rimma Kalinchenko, nous explique que le projet vient de s'achever et qu'apparemment les résultats obtenus sont extrêmement satisfaisants. "Mais nous avons l'impression que nous n'en sommes qu'au début et que le chemin à parcourir est encore bien long", ajoute-t-elle. "Nous avons déjà reçu des propositions de certains donateurs qui nous ont offert leur soutien pour que nous puissions poursuivre notre travail. Mais l'essentiel pour nous c'est que l'approche du travail décent est de plus en plus reconnue et appliquée à la réduction de la pauvreté, non seulement dans le Nord-Ouest mais aussi dans d'autres régions de Russie."