"Il faudra plus que de simples briques et du mortier pour reconstruire la communauté" Comment le BIT aide les rescapés du séisme au Pakistan à se procurer du travail et des revenus

Un mois après le séisme qui a tué ou blessé plus de 140 000 personnes au Pakistan et coûté plus de 1,1 million d'emplois et moyens de subsistance, le BIT travaille main dans la main avec les autorités locales pour aider les populations à reconstruire leur vie dans quelques-unes des zones les plus meurtries. L'OIT va participer à une conférence des donateurs organisée à Islamabad le 19 novembre pour discuter de la poursuite du redressement et de la reconstruction. Reportage de BIT en ligne en direct de la région… - Durée: 5 min. 19 sec. (3.89 MB)

Article | 17 novembre 2005

BALAKOT (BIT en ligne) - "J'étais au bureau en train de travailler quand la terre a tremblé. Tout le monde s'est précipité dehors sachant que c'était un séisme… J'ai vu des arbres et des immeubles s'écrouler…", raconte Benaris, l'une des 1,1 million de personnes qui ont perdu leur travail, leurs moyens d'existence et plus encore quand le séisme a frappé le Pakistan.

Balakot, sa ville, est l'une des plus durement touchées. Quatre-vingts pour cent des bâtiments y sont en ruine, avec des murs éboulés qui servent temporairement de sépultures à ceux dont les corps sont enterrés au-dessous.

"Quand je suis sorti dans la rue, j'ai vu beaucoup de femmes et d'enfants sous les décombres, beaucoup d'enfants coincés sous les gravats de l'école et j'ai aidé à les tirer de là", continue Benaris. "J'étais en route pour la maison. Normalement, j'aurais pris un chemin bien particulier, mais je ne trouvais plus le passage… Je ne pouvais même pas reconnaître ma maison… Je n'oublierai jamais cette journée horrible, aussi longtemps que je vivrai."

Le pont de Balakot est miraculeusement resté intact. Des centaines de réfugiés fuient les montagnes pour gagner la ville. Les rescapés cherchent de l'aide, de l'espoir… et du travail.

Ce qui aggrave encore les dégâts, c'est le fait que les zones touchées comptent parmi les plus pauvres du Pakistan. Le BIT estime à 2,4 millions le nombre d'emplois dans la zone sinistrée au moment de la catastrophe et à 2 millions le nombre de travailleurs et leur famille qui vivaient au-dessous du seuil de pauvreté de 2 dollars américains par personne et par jour avant que le désastre ne frappe.

Argent contre travail: reconstruire des vies

Alors que les survivants essaient maintenant de rassembler les morceaux épars de leur vie, l'OIT travaille main dans la main avec les autorités locales pour aider les populations à reconstruire leur vie dans certaines des zones les plus affectées. A Balakot, un programme pilote d'emplois d'urgence est en cours.

Le programme "Argent contre travail" axé sur les réparations de petites infrastructures vitales et le ramassage des débris du séisme a été développé avant d'être dupliqué et étendu à l'ensemble de la région. Le schéma - le seul de ce type dans la ville - a pour but de réinjecter de l'argent liquide dans l'économie locale en aidant les bénéficiaires à reprendre le travail et à se prendre en charge.

"Les gens perçoivent ce travail comme un moyen de renforcer leur dignité et leur estime de soi. Cela leur donne des moyens d'agir et de faire leurs propres choix", explique Saad Gillani, Coordinateur de projet de l'OIT.

Un autre bénéficiaire ajoute: "Nous avions l'habitude de faire la queue et d'être bousculés. Notre amour-propre en prenait un coup, nous étions mal à l'aise mais maintenant, en gagnant cet argent, nous pouvons aller acheter ce dont nous avons besoin… Chaque roupie que nous avons en vaut dix parce que nous l'avons gagnée."

En deux semaines seulement, le programme a embauché plus de 800 personnes pour nettoyer les rues de la ville, améliorer les installations sanitaires et rendre les zones d'habitation plus accueillantes. Le projet accorde une attention particulière aux groupes les plus vulnérables, y compris aux besoins des femmes et des jeunes dans une région où ils ont traditionnellement du mal à trouver un emploi décent.

Le programme sera prochainement étendu pour couvrir d'autres zones du Pakistan. Dans le cadre plus large de l'Appel d'urgence des Nations Unies, l'OIT doit collecter 5 millions de dollars pour financer des projets conjoints pendant la période de retour à la normale et de reconstruction.

En plus des programmes "Argent contre travail", d'autres projets comprennent la réhabilitation des principales infrastructures d'accès, des services d'emploi d'urgence, des schémas de reconstruction à haute intensité de main-d'œuvre et des programmes de formation professionnelle pour contribuer à reconstruire et à recréer des moyens de subsistance. Pour éviter que des enfants ne soient enrôlés dans des travaux dangereux ou victimes de la traite, des programmes de protection ont été ajoutés à ces programmes de reconstruction.

Mais reconstruire une communauté de gens fiers qui n'ont pu compter que sur eux-mêmes depuis des générations demande plus que de simples briques et du mortier. Cela nécessite du travail, ce travail qui offre la dignité, la capacité et l'espoir: "Il y a eu un changement d'humeur visible, une étincelle dans leurs yeux, de l'espoir… Ils projettent maintenant de reconstruire leur maison, et le seul moyen d'y parvenir est de gagner de l'argent en travaillant", conclut Saad Gillani.