93ème Conférence internationale du Travail Faire renaître l'espoir: les jeunes s'expriment sur leurs possibilités de trouver des emplois

Une discussion de haut niveau organisée récemment dans le cadre du Réseau pour l'emploi des jeunes a mis en présence des décideurs internationaux et des jeunes, pour débattre du rôle de l'emploi des jeunes dans l'Agenda international du développement. Cet agenda a fait l'objet de discussions, notamment en ce qui concerne la recherche de solutions à la crise mondiale de l'emploi des jeunes, qui requiert la création de dizaines de millions de nouveaux emplois destinés aux jeunes au cours de la prochaine décennie, uniquement pour maintenir le statu quo actuel en la matière. Les jeunes estiment eux aussi qu'ils ont besoin d'emplois décents. Mais comment traduire cela en des projets et programmes qui feront renaître l'espoir parmi eux? Cet article examine les réponses de jeunes hommes et de jeunes femmes.

Article | 23 juin 2005

GENÈVE - L'Organisation internationale du Travail (OIT) est la plus ancienne institution du système des Nations Unies, mais une récente discussion lors de sa Conférence annuelle a décidément exhalé un véritable parfum de jeunesse. Les jeunes qui ont participé à la réunion étaient venus pour débattre de solutions à l'un des plus grands défis que pose le développement à leur génération, à savoir la crise de l'emploi des jeunes.

Le Directeur général du BIT, Juan Somavia, a dit au cours d'une réunion de haut niveau du Réseau pour l'emploi des jeunes, qui s'est tenue durant la session annuelle de la Conférence internationale du Travail, qu'il ne fallait pas tolérer le désespoir qui s'abat sur les jeunes lorsqu'ils deviennent victimes du chômage et commencent à croire qu'ils n'en sortiront jamais. Leur participation à la recherche de solutions au chômage est essentielle et, pour pouvoir participer, ils ont besoin de garder vivant l'espoir d'obtenir un emploi décent.

L'événement intitulé "Inscrire l'emploi des jeunes dans l'Agenda international du développement" a pris la forme d'une discussion de groupe interactive à laquelle ont participé des ministres du Travail, des membres des délégations tripartites à la Conférence internationale du Travail, des jeunes issus du Groupe consultatif des jeunes du Réseau pour l'emploi des jeunes et d'autres organisations non gouvernementales qui s'occupent de jeunes, ainsi que des experts et des praticiens en matière d'emploi des jeunes venus d'organisations internationales et de la société civile.

Le Réseau pour l'emploi des jeunes est une initiative du Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan. C'est un partenariat entre l'ONU, la Banque mondiale et l'OIT. L'OIT est l'Organisation chef de file et accueille le secrétariat du Réseau. Ce Réseau a été créé par l'élan né du Sommet du Millénaire en septembre 2000, qui a été la réunion de chefs d'Etat et de gouvernement la plus importante jamais organisée. Ils ont décidé, dans le cadre de la Déclaration du Millénaire, de "formuler et d'appliquer des stratégies qui donnent aux jeunes, partout dans le monde, une chance réelle de trouver un travail décent et utile".

Le Réseau rassemble des responsables industriels, des organisations de jeunes, des représentants de la société civile et des décideurs qui tentent d'aborder ensemble la question de l'emploi des jeunes aux niveaux mondial, national et local. Plus spécifiquement, le Réseau fournit un appui aux pays qui élaborent des plans d'action nationaux concernant l'emploi des jeunes ( Note 1), se fondant sur quatre priorités mondiales: la création d'emplois, l'esprit d'entreprise, l'employabilité et l'égalité de chances.

Tous les participants à cette discussion de haut niveau se sont mis d'accord sur le fait qu'aujourd'hui les jeunes ont besoin de travail décent. Cependant, il a été établi que le problème consiste à trouver des solutions à la fois satisfaisantes et que l'on puisse reproduire. La valeur ajoutée du Réseau pour l'emploi des jeunes en tant que centre d'échange et mécanisme de contrôle par les pairs, qui permet d'échanger des expériences, a été l'un des thèmes dominant de la discussion. Divers orateurs ont proposé différentes interprétations du problème. Trois questions principales ont été discutées au cours de l'événement:

  • l'élargissement des partenariats, à la fois en termes de partenaires techniques et d'augmentation du nombre des pays chefs de file du Réseau, à savoir les pays qui ont présenté publiquement le développement de plans d'action nationaux pour l'emploi des jeunes;
  • l'augmentation de la participation des jeunes aux débats politiques qui concernent leur vie;
  • la nécessité de catalyser le soutien de la communauté internationale autour de l'importance que revêt l'emploi des jeunes dans l'application des objectifs de la Déclaration du Millénaire et des agendas internationaux connexes sur le développement et la sécurité collective.
Dans la série des exemples les plus extrêmes, un représentant des jeunes du Rwanda a souligné le rôle des jeunes chômeurs dans le génocide qui a frappé ce pays en 1994. Le cas n'est pas unique. Non seulement le chômage encourage les jeunes à participer à des conflits, mais les conflits entraînent des taux de chômage disproportionnés parmi eux. Ce sont souvent les jeunes qui souffrent le plus dans les conflits, à la fois en tant qu'auteurs et en tant que victimes.

Les seigneurs de guerre ont utilisé les jeunes pour parvenir à leurs fins, et nous en voyons aujourd'hui les conséquences puisque le taux de chômage est de 80 pour cent supérieur à ce qu'il était, a dit M. Boniface Bola Bolailoko, Secrétaire général du travail de la République démocratique du Congo.

Relever le défi qui consiste à promouvoir l'emploi des jeunes dans les pays qui sortent d'un conflit est une priorité selon Mme Alice Mirimo, présidente nationale de l'Union chrétienne féminine de la République démocratique du Congo et secrétaire générale nationale du Réseau africain de la jeunesse, qui a expliqué que l'emploi des jeunes et leur participation à l'élaboration des politiques en République démocratique du Congo doivent être considérés comme les seuls instruments valables de succès, si l'on veut garantir le processus de paix et assurer la reconstruction du pays.

Selon M. Hanifa Ahmadou du ministère du Travail de l'Azerbaïdjan, l'élaboration et l'application de politiques de l'emploi pour les jeunes représentent également un défi plus important encore dans un pays qui doit s'occuper d'un grand nombre de réfugiés et de personnes déplacées.

Les meilleures politiques sur le plan technique échoueront si nous n'écoutons pas les jeunes, si nous ne prenons pas en compte leur expertise, leurs attentes, leurs frustrations et leurs aspirations vis-à-vis du monde du travail, a dit le Directeur général du BIT, Juan Somavia. Cette opinion a été appuyée par Dan Kidega, membre "jeune" du Parlement en Ouganda, où des jeunes sont élus pour représenter les intérêts de leur groupe d'âge au gouvernement; il estime que les jeunes doivent être représentés dans tous les organes de prise de décisions car, comme l'a déclaré M. Galo Chiriboga, ministre du Travail et de l'Emploi de l'Equateur, "personne ne comprend mieux les problèmes liés au chômage des jeunes que les jeunes eux-mêmes".

Le microfinancement et le soutien à l'esprit d'entreprise sont essentiels à la création d'emplois pour les jeunes. Le BIT estime que 88,2 millions de jeunes hommes et femmes sont au chômage dans le monde et qu'ils représentent 47 pour cent de la population totale des chômeurs. Ils sont beaucoup plus nombreux encore à être sous-employés. Pour remédier à cette situation, M. Fahmi Idris, ministre de la Main-d'œuvre et de la Transmigration de l'Indonésie, pays chef de file du Réseau pour l'emploi des jeunes, a lancé un appel aux gouvernements afin qu'ils aident les jeunes qui sont suffisamment motivés pour être indépendants, non pas à chercher un emploi, mais à essayer de créer de l'emploi en faisant des affaires, à quelque niveau que ce soit.

Cet appel a reçu une réponse de M. James Plaskitt, sous-secrétaire parlementaire du Département du travail et des pensions du Royaume-Uni, qui a annoncé que le Royaume-Uni deviendrait le premier pays chef de file du Réseau pour l'emploi des jeunes en Europe et au sein du G8. Il a exprimé le désir de son gouvernement de veiller à ce que les questions liées à l'emploi des jeunes soient mises en avant dans les mois prochains lorsque le Royaume-Uni assurera simultanément la présidence de l'Union européenne et celle du G8.

Le Réseau pour l'emploi des jeunes a été renforcé encore lorsque l'Ambassadeur de Syrie, M. Bashar Ja'afari, a confirmé l'intention de son gouvernement de donner un nouvel élan au programme de la Syrie concernant l'emploi des jeunes en devenant le treizième pays chef de file du Réseau.

Le Réseau pour l'emploi des jeunes a non seulement appuyé le contrôle par les pairs et le dialogue entre jeunes, employeurs, représentants du travail, gouvernements et organisations internationales, mais il a aussi facilité le progrès en matière d'élaboration et d'application des politiques au niveau national.


Note 1 - Deux résolutions de l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations Unies, à savoir la résolution A/RES/57/165 sur la promotion de l'emploi des jeunes, et la résolution A/RES/58/133 relative aux politiques et programmes mobilisant les jeunes, invitent les pays à préparer des examens nationaux et des plans d'action pour l'emploi des jeunes avec la participation des jeunes eux-mêmes.