L'OIT met en garde contre le risque d'une ‘génération perdue’

Dans le rapport « Tendances mondiales de l'emploi des jeunes 2012 », publié juste avant le sommet européen informel sur la croissance du 23 mai 2012, l’Organisation internationale du Travail (OIT) avertit que la crise de l’emploi des jeunes se poursuit.

Communiqué de presse | 22 mai 2012

Les points clés

  • Dans le rapport « Tendances mondiales de l'emploi des jeunes 2012 », publié juste avant le Sommet européen informel sur la croissance du 23 mai 2012, l’Organisation internationale du Travail (OIT) avertit que la crise de l’emploi des jeunes se poursuit.
  • Le taux mondial du chômage des jeunes pour 2012 reste bloqué à son plus haut niveau de la crise (12,7 pour cent) et ne devrait pas redescendre avant 2016 au moins.
  • Dans les économies développées, la situation est même pire que ne le laisse penser le taux de 18 pour cent du chômage des jeunes prévu pour cette année, en raison d’une baisse massive de la main-d’œuvre.
  • En effet, beaucoup de jeunes, découragés par des taux élevés de chômage, ont totalement abandonné leur recherche d'un emploi ou décidé de rester dans le système éducatif. La crise économique dans l'UE a poussé environ 2 millions de jeunes à abandonner le marché du travail.
  • Particulièrement préoccupante est la situation des jeunes gens qui ne sont ni au travail ni à l’école (ni en formation) désignés par l’acronyme anglais NEET. Dans l’UE, le taux de ces jeunes ‘NEET’ a augmenté de 1,9 point de pourcentage par rapport à son niveau d’avant la crise de 10,9 pour cent, et il dépassait les 15 pour cent en Bulgarie, Espagne, Irlande, Italie, Lettonie et Roumanie.
  • Le rapport formule des recommandations pour les politiques de l’emploi des jeunes :
  • - La crise du chômage des jeunes peut être vaincue, à condition que les politiques macroéconomiques aussi bien que les politiques de croissance soutiennent la création d’emplois, amènent une reprise durable de l’emploi, et investissent dans la promotion de l’emploi des jeunes. A cet égard, les mesures d’austérité implémentées dans les économies développées n’incitent pas à l’optimisme pour une reprise rapide des marchés du travail des jeunes.
  • - Les mesures du marché du travail peuvent être adaptées aux besoins spécifiques. Il est important de s'attaquer aux obstacles à la croissance des emplois et à l’inadéquation entre l’offre et la demande des compétences. Il faut un ajustement des formations techniques et professionnelles pour qu’elles deviennent pertinentes pour les besoins des entreprises et du marché du travail, et finalement des efforts de promotion de l’esprit d’entreprise.
  • - Promouvoir le travail décent pour les jeunes, c’est aussi améliorer la qualité des emplois des jeunes. Or, le respect des normes du travail et le développement d’une protection sociale adéquate pour les jeunes sont essentiels.
  • - Tout aussi important est l'établissement de partenariats entre les gouvernements, les organisations patronales, les syndicats et autres organisations, afin de concrétiser l’emploi des jeunes dans la réalité.

Communiqué de presse

GENÈVE (Nouvelles de l’OIT) – Le taux mondial du chômage des jeunes pour 2012 reste bloqué à son plus haut niveau de la crise et ne devrait pas redescendre avant 2016 au moins, affirme l’Organisation internationale du Travail (OIT) dans son rapport 2012 sur les Tendances mondiales de l’emploi des jeunes (www.ilo.org/getyouth - login: ILO_Embargoed - mot de passe: GET_youth12).

Les prévisions montrent que 12,7 pour cent de la main-d’œuvre jeune dans le monde seront au chômage cette année, un taux identique au pic de la crise atteint en 2009 et légèrement supérieur à l’an passé où le chômage touchait 12,6 pour cent des jeunes, selon le rapport.

Le taux serait même plus élevé si l’on prenait en compte ceux qui – souvent découragés par le manque de perspectives – abandonnent ou reportent leur recherche d’emploi. Le taux ainsi ajusté situerait le taux de chômage mondial des jeunes à 13,6 pour cent en 2011.

A l’échelle mondiale, il y aura près de 75 millions de chômeurs âgés de 15 à 24 ans en 2012, une augmentation de près de 4 millions depuis 2007.

La crise du chômage des jeunes peut être vaincue, à condition toutefois que la création d’emplois pour les jeunes devienne une priorité essentielle du processus politique et que les investissements dans le secteur privé s’accélèrent radicalement. "

Les taux de chômage devraient subir une nouvelle pression quand ceux qui prolongent leur séjour dans le système éducatif faute de débouchés professionnels arriveront finalement sur le marché du travail.

«La crise du chômage des jeunes peut être vaincue, à condition toutefois que la création d’emplois pour les jeunes devienne une priorité essentielle du processus politique et que les investissements dans le secteur privé s’accélèrent radicalement», a déclaré le Directeur exécutif de l’OIT pour l’Emploi, José Manuel Salazar-Xirinachs.

«Cela comprend des mesures comme des allègements fiscaux et d’autres incitations pour les entreprises qui embauchent des jeunes, des efforts pour réduire le décalage des compétences chez les jeunes, des programmes d’entreprenariat qui intègrent formation qualifiante, tutorat et accès aux capitaux, ainsi que l’amélioration de la protection sociale pour les jeunes», a-t-il ajouté.

Que se passe-t-il dans les régions?

Bien que certaines régions se soient redressées après la crise économique, ou ont au moins atténué son impact, toutes sont confrontées au défi majeur de l’emploi des jeunes.

  • Dans les économies développées, la situation est même pire que ne le laisse penser le taux de 18 pour cent du chômage des jeunes prévu pour cette année, en raison d’une baisse massive de la main-d’œuvre.
  • Dans la région de la CEI, de l’Europe centrale et du Sud-Est, le taux de chômage des jeunes a légèrement reculé à 17,6 pour cent en 2011. Contrairement aux économies développées, le taux d’activité des jeunes semble avoir augmenté du fait de la crise économique dans la région et peut être en partie imputé à la pauvreté.
  • En Afrique du Nord, le chômage des jeunes a augmenté de 5 points de pourcentage après les printemps arabes, laissant 27,9 pour cent des jeunes gens sans emploi en 2011. Au Moyen-Orient, le taux était de 26,5 pour cent.
  • En Amérique latine et dans les Caraïbes, le taux de chômage des jeunes a augmenté brutalement pendant la crise économique, passant de 13,7 pour cent en 2008 à 15,6 pour cent en 2009. Il est redescendu à 14,3 pour cent en 2011 mais aucun autre progrès n’est attendu à moyen terme.
  • En Afrique subsaharienne, le taux, de 11,5 pour cent en 2011, est relativement stable depuis 2005.
  • En Asie du Sud-Est et dans le Pacifique, il était de 13,5 pour cent en 2011, un recul de 0,7 point de pourcentage par rapport au niveau de 2008.
  • Même en Asie de l’Est, peut-être la région la plus dynamique du point de vue économique, le taux de chômage était 2,8 fois plus élevé pour les jeunes que pour les adultes.

Parmi les autres grands enseignements :

  • A l’échelle mondiale et dans la plupart des régions, la crise a eu plus d’impact sur le taux de chômage des jeunes femmes que sur celui des jeunes hommes. La différence était particulièrement sensible en Afrique du Nord; alors que dans les économies développées, l’impact a été plus fort pour les jeunes hommes.
  • De nombreux jeunes gens sont confinés dans des emplois temporaires, faiblement productifs ou d’autres types de travaux qui n’augurent pas de meilleurs emplois. Dans les économies développées, les jeunes occupent de plus en plus des emplois temporaires ou à temps partiel tandis que dans le monde en développement beaucoup de jeunes accomplissent un travail non rémunéré de soutien aux fermes ou aux entreprises familiales informelles.
  • Les jeunes gens qui ne sont ni à l’école ni au travail sont devenus un sujet de grande préoccupation, surtout dans les économies développées. Cette catégorie représente souvent au moins 10 pour cent des jeunes et connaît un essor rapide dans de nombreux pays développés.
  • L’édition 2012 des «Tendances mondiales de l’emploi des jeunes» est publiée en amont du Forum mondial sur l’emploi des jeunes (www.ilo.org/yef) qui rassemblera, du 23 au 25 mai, une centaine de jeunes gens engagés dans la promotion du travail décent pour la jeunesse. Cet enjeu figurera aussi en bonne place sur l’agenda de la Conférence internationale du Travail en juin.