Les travailleurs domestiques

  1. ILO Global Action Programme on Migrant Domestic Workers

Etant donné la crise du secteur des services à la personne qui se profile à l’horizon, combinée au vieillissement de la population et à la progression constante du taux de participation des femmes à la vie active, les familles font de plus en plus appel aux travailleurs domestiques pour s'occuper de leur foyer, de leurs enfants et de leurs parents vieillissants.

La convention n° 189 de l'OIT définit le travail domestique comme « le travail effectué au sein de ou pour un ou plusieurs ménages». Cette définition s’articule autour du lieu de travail, à savoir le ménage privé. De façon générale, les employés de maison assurent les tâches ménagères et les services à la personne. Les professions et les tâches considérées comme «domestiques» varient selon les pays: cuisine, ménage, soin des enfants, des personnes âgées et handicapées, entretien du jardin, s’occuper des animaux de compagnie ou conduire la voiture familiale. Il peut s’agir d’un travail à temps partiel, à temps plein ou sur une base horaire; et les travailleurs domestiques peuvent habiter, ou non, au domicile de l'employeur.

Selon cette définition, l'OIT estime qu'il existe au moins 67 millions de travailleurs domestiques âgés de plus de 15 ans dans le monde, dont 80 % de femmes, et environ 17 % de travailleurs migrants. Historiquement et dans plusieurs pays, les travailleurs domestiques appartenaient généralement à des groupes raciaux et ethniques défavorisés, et travaillaient au service des ménages les plus aisés.

C'est en grande partie grâce au travail des employés de maison que d'autres femmes ont graduellement réussi à pénétrer le marché du travail rémunéré et à briser le plafond de verre. Lorsque les femmes occupent un emploi rémunéré à l'extérieur du foyer, elles doivent soit réduire leur temps de repos et de loisirs, soit demander l'aide de leur partenaire ou d'autres membres de la famille, soit payer une autre personne pour effectuer le travail qu'elles feraient normalement au sein du ménage – si la famille ou la femme en a les moyens. La contribution des travailleurs domestiques à la croissance économique est donc considérable, et permet l’augmentation du nombre de familles ayant deux revenus.

Le travail domestique est également une importante source de revenus pour les femmes – jusqu' à 14 % des emplois salariés féminins en Amérique latine et 11 % en Asie. Selon toutes les estimations, il s’agit d’un secteur en croissance: selon les chiffres de l'ONU, par rapport à 2015, la proportion de personnes âgées de 60 ans et plus sera multipliée par 1,8 d'ici à 2050 et par 2,3 d'ici à 2100 (DESA, 2015). Parallèlement, les foyers multigénérationnels sont de moins en moins nombreux, ce qui signifie qu’un nombre croissant de personnes âgées vivent seules ou en institution, lorsqu’il en existe et que leur coût est abordable. Certaines études révèlent également que les gens préfèrent les soins à domicile à ceux en établissement.

Malgré sa contribution au fonctionnement des ménages et à l'économie nationale, le travail domestique se situe à l'extrémité inférieure de l'économie du care, avec des heures de travail parmi les plus longues et des salaires très bas. Cela résulte en partie de l'exclusion des travailleurs domestiques du champ d’application de la législation sociale et du travail dans de nombreux pays, ce qui légitime la discrimination exercée contre une catégorie de travailleurs, majoritairement féminine. Même lorsqu'ils sont couverts par la loi, les travailleurs domestiques souffrent de graves déficits du travail décent, et ce pour plusieurs raisons: les niveaux élevés de non-conformité, partiellement favorisés par un fort taux d'informalité; le statut de travailleur immigré; le faible taux de syndicalisation. Les travailleurs dans les soins de longue durée, en particulier, ont des heures de travail extrêmement longues pour un salaire très bas. Les conséquences sur leur santé et leur bien-être sont évidentes, mais souvent ignorées dans la législation et les politiques. Cette situation d'inégalité reflète et perpétue une perception sociale profondément enracinée, selon laquelle le travail non rémunéré que les femmes accomplissent pour leur famille n'a guère de valeur pour l'économie et la société.

Au sein des foyers, les travailleurs, les employeurs et les bénéficiaires de soins font tous face à des difficultés en raison de l'absence de politiques intégrées et de lignes directrices claires. Les employeurs embauchent des soignants de longue durée pour répondre à divers besoins: soutien ou accompagnement léger, ou surveillance médicale régulière. Ces besoins sont parfois satisfaits grâce aux aides à domicile financées par des fonds publics; toutefois, en l'absence de telles politiques, de nombreux ménages se tournent vers les travailleurs de l'économie informelle parce que c'est plus facile et plus abordable. En conséquence, l'OIT estime qu’environ 50 millions de travailleurs domestiques travaillent dans l'économie informelle, marquée par une concentration de déficits du travail décent.

Prodiguer des soins de qualité va de pair avec des conditions de travail décentes. La garantie d’un travail décent pour les travailleurs domestiques part du postulat que, comme tous les autres travailleurs, ces derniers ont droit à un socle minimum de protections en vertu de la législation du travail. Le simple fait de réglementer le travail domestique constitue une reconnaissance de sa contribution sociale et économique cruciale. En retour, garantir des conditions de travail décentes aux travailleurs domestiques contribue à réduire les inégalités entre les sexes dans le monde du travail, tout en améliorant la qualité des soins reçus par les ménages.