Droits des travailleurs migrants

Message de Guy Ryder à l'occasion de la
Journée internationale des migrants

Discours | Genève | 18 décembre 2012

Nous saluons aujourd'hui la contribution des migrantes et des migrants à la croissance et au développement tant de leur pays d'accueil que de leur pays d'origine. Les migrants apportent des compétences ainsi qu'un capital humain et social dont les marchés du travail ont grand besoin. Dans ce monde interconnecté, des changements démographiques qui créent des pénuries de main-d'œuvre et de compétences à tous les niveaux, souvent en parallèle avec un taux de chômage élevé ou une faible progression de l'emploi, compromettent gravement les perspectives de croissance économique des pays concernés.

La recherche d'emplois décents permettant aux travailleurs et à leurs familles de vivre décemment est le principal moteur des migrations internationales aujourd'hui, et les mouvements migratoires entre les pays du Sud sont tout aussi importants que les migrations Sud-Nord.

Malheureusement, les migrants sont souvent des boucs émissaires tout trouvés lorsque la situation économique et sociale se dégrade, comme on a pu le constater à l’occasion de la crise financière et économique mondiale. Des travailleurs migrants ont alors fait l’objet de harcèlement et de violences, accusés de faire monter le chômage et de tirer les salaires vers le bas. Une telle réaction peut provoquer un durcissement des politiques de l'immigration, parfois indépendamment des besoins réels ou prévus du marché du travail. Il est pourtant démontré que les migrations n’ont pratiquement aucune incidence sur les salaires et les conditions de travail lorsque les normes correspondantes de l’OIT sont appliquées.

Parallèlement, l’apport des migrants – qui créent des emplois grâce à leur esprit d'entreprise, fournissent les biens et services dont elle a besoin à la population de leurs pays de destination et comblent les insuffisances du marché du travail – est fréquemment sous-estimée.

Il est donc d'autant plus urgent de veiller à ce que les travailleurs migrants jouissent des droits et de la protection que leur confèrent le droit international, tels que ceux énoncés dans les deux premiers instruments de l'OIT consacrés aux travailleurs migrants – la convention (n° 97) sur les travailleurs migrants (révisée), 1949 et la convention (n° 143) sur les travailleurs migrants (dispositions complémentaires), 1975 – ainsi que dans la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille, 1990. La convention (nº 189) sur les travailleuses et travailleurs domestiques, 2011, est également pertinente puisque de nombreux travailleurs domestiques sont aussi des migrants.

Les perspectives de l'emploi à l'échelle mondiale restent sombres. Dans un monde du travail en crise, il bien trop fréquent que les travailleurs migrants – en particulier les personnes peu ou moyennement qualifiées, les femmes et les jeunes – soient encore plus mal lotis que les autres travailleurs: sous-rémunération ou non-paiement des salaires, risques sanitaires au travail, modalités d’emploi informelles, exclusion de la protection sociale et discrimination.

Des milliers de migrants sont amenés à vivre et à travailler dans la clandestinité, ce qui les expose encore plus à l'exploitation et à des conditions de travail médiocres. De ce fait, les entreprises qui respectent la loi sont pénalisées, et les compétences des migrants, au lieu de contribuer à stimuler le développement et la relance de l’économie, sont gaspillées.

La gouvernance des migrations de main-d'œuvre exige la recherche d’un équilibre entre une multitude d'enjeux et d'intérêts dans lesquels toute une série d’acteurs nationaux et internationaux sont en cause. On le voit, la politique migratoire est très étroitement liée au marché du travail. Les entreprises et les organisations d'employeurs peuvent promouvoir des politiques et des pratiques migratoires qui tiennent compte des besoins du marché du travail. Et les organisations de travailleurs ont un rôle essentiel à jouer, qui est de veiller au traitement équitable des travailleurs migrants. Ces deux partenaires sont au cœur du dialogue sur l’action à mener. Le Cadre multilatéral de l’OIT pour les migrations de main-d’œuvre (2006) contient des orientations précieuses sur la manière de parvenir à des politiques migratoires plus éclairées.

Qu’il s’agisse d’accroître le bien-être à l’ère de la mondialisation, d’améliorer le fonctionnement des marchés du travail, d’augmenter la productivité ou de conserver la compétitivité, il faudra envisager les questions des migrations et de la diversité dans un esprit positif et constructif.