99e Conférence internationale du Travail

La Présidente de la Confédération suisse appelle à une approche cohérente, solidaire et centrée sur l’emploi pour sortir de la crise

«Nous ne serons pas sortis de la crise tant que règnent le chômage et le sous-emploi», a déclaré la Présidente de la Confédération suisse, lors de la cérémonie d’ouverture de la 99e Conférence annuelle de l’Organisation internationale du Travail (OIT).

Communiqué de presse | 2 juin 2010

GENÈVE (Nouvelles du BIT) – «Nous ne serons pas sortis de la crise tant que règnent le chômage et le sous-emploi», a déclaré la Présidente de la Confédération suisse, lors de la cérémonie d’ouverture de la 99e Conférence annuelle de l’Organisation internationale du Travail (OIT).

S’adressant aux quelque 4 000 délégués réunis pour la Conférence internationale du Travail, la Présidente Leuthard a souligné la nécessité de «plus de coopération et de cohérence, entre les gouvernements d’abord, mais aussi avec les partenaires sociaux, pour relever les défis du développement et pour répondre aux préoccupations économiques, sociales et environnementales».

«Alors que l’économie mondiale semble récupérer de la crise, ne nous laissons pas éblouir par des signaux et des indicateurs encourageants. Ne succombons pas à la tentation de revenir au «business as usual». Le chômage reste une préoccupation essentielle des gouvernements, et nous devons nous efforcer à éliminer les dégâts que la crise a provoqués sur le marché du travail», a déclaré Mme Doris Leuthard.

«La crise n’est pas un phénomène passager. Nous devons en tirer les leçons et agir avec responsabilité pour ne pas courir à l’échec. Renonçons à l’immobilisme, à la peur et à la crainte de l’innovation pour saisir les chances que toute crise nous offre», a renchéri Mme Leuthard. «Ce dont nous avons besoin, c’est donc d’audace et de courage, de cohérence et de solidarité pour concilier justice et liberté.»

«Le développement social durable doit favoriser la stabilité et redonner la confiance», a déclaré la Présidente suisse devant les représentants des gouvernements, employeurs et travailleurs des 183 Etats Membres de l’OIT, ajoutant qu’«une nouvelle gouvernance mondiale est nécessaire, le capitalisme financier ayant atteint de sérieuses limites».

«Face à l’interdépendance croissante de la production et des marchés, la mondialisation n’est ni une idéologie ni un programme politique. C’est le résultat d’une évolution technologique suivie d’un développement économique aussi dynamique qu’inévitable. Or, la crise financière nous apprend une fois de plus que le système économique doit être accompagné par un cadre légal approprié.»

La Présidente a évoqué des mesures telles que l’élaboration de normes minimales pour la capitalisation des instituts financiers ainsi que la constitution de réserves pendant les périodes de croissance afin de renforcer les stabilisateurs automatiques que sont notamment l’assurance-chômage et les dispositifs de protection sociale pour «éviter que le citoyen doive, en fin de compte, passer à la caisse».

«La nouvelle gouvernance mondiale doit viser à donner un cadre fiable à la mondialisation pour éviter qu’elle ne serve que les intérêts d’un petit nombre de personnes déjà privilégiées» a-t-elle ajouté. «La loi du plus fort ne peut pas guider la mondialisation, car la liberté n’est pas concevable sans un cadre assurant l’équilibre des forces et la distribution équitables des bénéfices de l’économie de marché.»

«Il n’est pas possible de progresser dans l’intérêt de tous sans efforts partagés. Les politiques d’ajustement devraient aussi répondre à cette logique pour assurer l’équilibre entre les efforts demandés aux pays bénéficiaires de l’aide, d’une part, et leurs capacités d’ajustement au plan social, d’autre part.»

Accueillant Mme Leuthard en qualité de Présidente de la Confédération suisse ainsi que de Ministre de tutelle de l’OIT, le Directeur général du BIT Juan Somavia a évoqué les valeurs communes qui unissent la Suisse à l’OIT. Il a rappelé l’intervention de la Présidente en 2009 à l’occasion du 90e anniversaire de l’OIT où elle avait souligné que «la poursuite de la globalisation de l’économie et la lutte contre les effets de la crise en assurant la justice sociale ne sont pas des objectifs contradictoires: ils se complètent et se stimulent».

Rappelant l’adoption par l’OIT du Pacte mondial pour l’emploi en 2009 ainsi que la Déclaration sur la justice sociale pour une mondialisation équitable en 2008, la Présidente de la Confédération suisse a souligné le rôle majeur de l’OIT dans l’articulation de politiques cohérentes et solidaires autour du travail décent.

«Nous nous tournons vers l’OIT, car c’est sa priorité de répondre aux besoins de régulation sociale de la mondialisation dans un monde en perpétuel changement», a-t-elle déclaré. «Nous devons travailler sans relâche à renforcer encore les normes sociales internationales, à promouvoir leur universalité et leur cohérence, pour assurer leur mise en œuvre efficace.»

«Par son mandat et sa structure tripartite, l’OIT a fait œuvre de pionnier en contribuant, grâce au dialogue social à l’échelle internationale, à la mise en place de conditions-cadres destinées à établir des relations économiques et sociales équitables.»

«La raison d’être et l’action de l’OIT reposent sur des valeurs chères à la Suisse dans le monde du travail: le partenariat social et la promotion de l’emploi d’abord, la cohérence et la solidarité ensuite. Ce faisant, elle porte une responsabilité particulière dans les efforts internationaux visant à promouvoir les objectifs de cohérence dans la durabilité sociale», a indiqué Mme Leuthard.

Soulignant le besoin de renforcer les synergies entre les institutions internationales, la Présidente suisse a également exprimé la conviction «que l’OIT doit avoir le statut d’observateur à l’OMC».

«En effet, les thèmes du commerce, d’une part, et des questions sociales, d’autre part, doivent être traités de façon cohérente afin que la question des clauses sociales ne devienne pas un prétexte favorisant le protectionnisme», a-t-elle déclaré.

Evoquant l’Agenda pour le travail décent de l’OIT qui vise la création de plus d’emplois et de meilleure qualité, la Présidente a déclaré: «La Suisse va élaborer avec ses partenaires sociaux une stratégie nationale visant à assurer une approche intégrée du travail décent en Suisse, à promouvoir le travail décent dans le monde, et à œuvrer pour une OIT renforcée.»

«Je vous annonce également la volonté de mon pays de ratifier rapidement la convention sur le travail maritime adoptée par votre Conférence en 2006», a-t-elle ajouté.

En conclusion, la Présidente a déclaré: «La Suisse va s’engager avec détermination pour que, depuis la Genève internationale, l’économie et le travail demeurent au service de l’homme, avec comme objectif idéal une mondialisation qui lie le progrès économique et le progrès social, en contribuant au développement de tous, en favorisant l’augmentation de la productivité, l’élévation du niveau de vie et, finalement, l’amélioration du bien-être.»