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Un jeune entrepreneur indonésien se convertit à l’écologie

Ilham Rhamanda appartient à une nouvelle génération d’entrepreneurs indonésiens pour laquelle le monde des affaires ne se résume pas au seul profit. Avec l’appui de l’OIT, il suit une approche écologique et durable pour son entreprise de vêtements de sports.

Reportage | Bandung, Indonesia | 30 septembre 2014
Ilham Rhamanda
BANDUNG, Indonésie – Ilham Rhamanda aurait dû être l’un des hommes les plus heureux de Bandung. C’était un jeune entrepreneur à succès, son frère et lui avaient créé et géraient une usine de vêtements de sports prospère, réputée pour ses créations originales. Ils employaient 12 personnes et fournissaient plusieurs magasins dans la ville, capitale de la province de Java occidental. Mais quand il songeait à l’avenir, le jeune homme de 34 ans, père de deux enfants, n’était pas satisfait.

Il voyait l’eau gaspillée s’échappant de son atelier pour se jeter dans les petits ruisseaux du voisinage. Il savait que sa fabrique, comme beaucoup d’autres petites et moyennes entreprises de Bandung, se développait aux dépends de la qualité de l’environnement, produisant de grandes quantités d’eaux usées, de déchets et de pollution industrielle. Mais faire en sorte que son entreprise soit à la fois rentable et respectueuse de l’environnement lui apparaissait comme un casse-tête.

De saines pratiques entrepreneuriales doivent prendre en compte la planète et la dimension humaine et pas seulement le profit.”
Alors, quand l’occasion s’est présentée de participer à la formation «Créer son entreprise verte» (SYGB en anglais) organisée par l’Organisation internationale du Travail (OIT), Ilham l’a saisie. «De saines pratiques entrepreneuriales doivent prendre en compte la planète et la dimension humaine et pas seulement le profit», a-t-il déclaré. «Parce qu’elles sont indispensables pour que notre entreprise croisse durablement».

«Le raisonnement classique «la prospérité d’abord, la propreté ensuite» est dépassé: on ne peut prospérer si l’on nuit à l’environnement ou si l’on ne prend pas soin de ses employés», a déclaré Lurraine Villacorta, spécialiste de l’environnement et du travail décent à l’OIT. «Heureusement, les chefs d’entreprise, en particulier les jeunes entrepreneurs d’Indonésie, en ont pris conscience. Ce dont ils ont besoin, c’est de connaissances et d’expertise pour mettre leurs idées en pratique. C’est là que l’OIT intervient».

Mme Villacorta souligne qu’être «vert» signifie non seulement de réduire son impact sur l’environnement mais aussi de respecter les normes du travail décent, comme des conditions de travail sûres, des salaires convenables, les droits des travailleurs, le dialogue social et la protection sociale. Pendant les cours de SYGB, les formateurs ont expliqué ces principes, politiques et pratiques. Ils ont aidé Ilham et ses homologues entrepreneurs à élaborer toute une série d’initiatives vertes, y compris dans l’alimentation et l’agriculture, le tourisme durable, la gestion des déchets et le recyclage, les énergies renouvelables et les industries de la création.

La formation a aidé Ilham à trouver une solution pour traiter les eaux toxiques et les produits chimiques rejetés par son usine. Elle lui a donné l’idée d’installer un filtre en fibres de palmier et charbons actifs et une boîte de sédimentation pour éliminer la saleté et les déchets émanant du lavage des sérigraphies, des encres et produits chimiques et pour éviter que les eaux uses non traitées ne se déversent dans les caniveaux et les ruisseaux. Le filtre est abordable, facile à installer et faire fonctionner, ce qui veut dire que ses produits restent à un prix compétitif. Ses employés sont aussi plus heureux. «Mes activités commerciales ne font plus aucun dégât sur l’environnement et la population locale a toujours accès à l’eau potable», a expliqué Ilham. «Maintenant, je n’ai plus rien à craindre et mes clients non plus».

Il a aussi commencé à promouvoir la dimension «verte» de son entreprise et réfléchit à de nouvelles idées, comme une encre respectueuse de l’environnement pour la sérigraphie. «Un autre plan pour écologiser davantage mon activité est de développer notre propre marque de matières naturelles et de teinture bio pour les vêtements», a-t-il précisé. A long terme, il a pour but d’étendre ses activités et de créer plus d’emplois pour sa communauté.

La formation a aussi offert aux jeunes entrepreneurs un réseau et des débouchés commerciaux de valeur. Ilham vend maintenant les chutes de tissu de ses vêtements de sport à une autre société qui fabrique des foulards, des accessoires et des vêtements pour femmes.

Jusqu’à présent, la formation SYGB a permis à presque 200 entrepreneurs dans six provinces d’Indonésie de concilier leurs ambitions commerciales et les enjeux liés à l’environnement et au changement climatique, soit en fabriquant des produits respectueux de l’environnement soit en utilisant des procédés de fabrication respectueux de l’environnement.

«De plus en plus de jeunes entrepreneurs comme Ilham pensent au long terme et veulent adopter une approche plus durable de leur entreprise», a déclaré Peter Van Rooij, directeur du Bureau de pays de l’OIT pour l’Indonésie. «Ils savent que l’économie indonésienne s’est rapidement développée au cours des dernières années mais que le développement a affecté l’environnement et ils veulent emprunter une voie nouvelle. L’OIT est heureuse de les aider et de favoriser l’émergence d’une économie plus verte et plus durable».

La formation SYGB a été organisée grâce au financement du programme de partenariat OIT/République de Corée dans le cadre du Programme d’emplois verts pour l’Asie et le Pacifique (Emplois verts-A/P).